Édito du 9 octobre 2020

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Écrire, c’est toujours à partir d’une question, de ce qui fait énigme.
Dans ce numéro de DESaCORPS du vendredi, vous allez découvrir trois textes qui nous enseignent : Yves-Claude Stavy pour Éclats de savoir, Marine Bouvet pour Attends ta librairie et Valérie Bussières pour Des touches de biblio.

Qu’est-ce qui, pour Freud, fait « attentat » dans le cas Dora ? Il y a dans la détermination du symptôme « une difficulté de nature singulière » que Freud tente de traiter à l’aide du terme allemand « Attentat ». C’est la question que pose ici Yves-Claude Stavy. Pour l’approcher, l’auteur va prendre à la lettre deux textes de Freud où ce mot revient. Suivons-le dans sa lecture du cas Dora et celui d’Emma. Le « trauma psychique », articulé, où se produit « une liaison associative » entre deux scènes et qui implique la supposition de l’Autre est pourtant incapable d’expliciter la particularité des symptômes. Le trauma est à distinguer de « das attentat » qui est un éprouvé inarticulable, « le plus remarquable », « intransposable d’un cas à un autre du même type », un sens-joui qui se répète et qui se réfère à l’énigme du vivant d’un corps, un sans pourquoi qui relève du Un, réel, sans Autre. Freud ne cherche pas à résoudre cette énigme mais à l’isoler, la réduire à son réel. Le sujet en aura dès lors la responsabilité.

« De l’attente à l’attentat », Marine Bouvet nous propose une lecture de Monologues de l’attente d’Hélène Bonnaud à partir du thème qui nous occupe. Elle a choisi comme point de départ la Salle d’attente 2 avec ces mots saisissants : « Attente-attentat. Deux petites lettres et hop on se reconnecte. Les deux mots sont de la même famille, ont la même racine. C’est ça qui me tue. Ce moment crucial où je rencontre la cruauté des mots ou seulement leur résonance funeste. » Monologues de la salle d’attente, ce sont ces fictions singulières que chaque sujet construit face au « il n’y a pas de rapport sexuel », la façon propre à chacun de mettre un voile sur l’effraction que provoque la première rencontre avec le sexuel pour que la relation au partenaire soit tout de même possible. Mais cette rencontre peut mener au pire si, faute d’appui sur le fantasme, le voile s’arrache et dénude ainsi le réel. Dans un style d’écriture inédit d’une finesse percutante, c’est bien ce qu’Hélène Bonnaud fait passer dans son livre.

« Quand le pubis va au public… ». Valérie Bussières a choisi d’éclairer la citation de Lacan extraite de la « Préface à l’Éveil du printemps ». L’attentat sexuel surgit quand ce qui était jusque-là voilé du pubis arrive au public. Qu’en est-t-il aujourd’hui où tout est dévoilé et que la sexualité monte sur la scène publique ? s’interroge Lacan. « Se dévoile comme jamais que la sexualité fait trou dans le réel ». Trouver l’art et la manière de voiler le trou du non-rapport, c’est chercher à le bien-dire.

Écrire est indéniablement une manière d’y contribuer.