Édito du 6 octobre

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Au programme pour ce nouveau DESaCORPS, 4 œuvres littéraires passées au crible par des psychanalystes. Les voici : Nue, de Jean-Philippe Toussaint, L’empreinte, d’Alexandria Marzano-Lesnevich, Lettre d’une inconnue, de Stefan Zweig, et enfin Les choses humaines, de Karine Tuil. Vous allez découvrir alors, grâce à nos auteurs, 4 manières différentes de lire et de se saisir d’un écrit afin de questionner et d’éclairer de manière un peu nouvelle notre thème : qui de s’arrêter sur une scène, qui de prélever les tournants d’une histoire avec ses événements marquants, qui de dégager le trauma délicieux, qui enfin d’attraper un seul énoncé.

Un défilé de mode. Une femme porte une robe de mariée faite de miel autour de laquelle gravite un essaim d’abeilles. Soudain elle trébuche, et celle qui fut la reine du spectacle est désormais piquée de toutes parts par ces abeilles affolées. Comme le relève Hervé Castanet, ces piqûres « sont autant d’attentats diffractés comme mille viols ». Et on songe alors à Tippie Hedren dans un célèbre Hitchcock, agressée elle aussi de toutes parts, cette fois-ci par des oiseaux…
Les milles éclats de l’attentat logés dans un seul corps !

Un parcours de vie. Elisabeth Pontier nous plonge dans l’histoire d’une femme devant faire avec un trauma initial et rencontrant au cours de son existence sa face obscure (sa propre cruauté) et le secret de sa vocation, l’issue étant le recours à l’écriture. Dès lors le silence forcé du départ (se taire ; la figure de l’Autre est présente), se transforme en un silence bordé relevant simplement de l’impossible (au plus près du réel, sans l’Autre).
Un silence logé dans l’écrit !

Une logique de vie. La 3ème œuvre au programme, abordée par Lennig Le Touzo, trouve à se résumer ainsi, à travers cette longue énumération où chaque terme s’équivaut : un coup de foudre, une passion amoureuse, un seul homme, un secret, une lettre, une inconnue, une morte… Conclusion : « Pour l’inconnue La première fois ne peut être que la dernière. »
L’Un de l’unique logé dans un Autre inaccessible !

Une parole. La dernière œuvre est évoquée succinctement par Audrey Prévot dans un texte où elle s’intéresse aux conséquences – toujours multiples, donc singulières – de l’atteinte à l’intime où le corps tient une place centrale, pour preuve cette parole d’une victime d’agressions sexuelles : « J’ai décidé que je ne voulais plus de mon corps. Je voulais enlever mon corps comme on enlève une veste ». Comment dès lors s’en sortir ? Une chose est certaine, la révélation n’est pas le dévoilement…
Bien dire l’intime pour cerner le réel logé en son cœur !

Piqûre mortelle, « collision » inattendue, choc amoureux, rejet du corps, voici autant de manières différentes et singulières de nommer le réel de l’attentat.