Édito du 6 novembre

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Avant les J50, cinq numéros de DESaCORPS sont à venir, dont un numéro spécial WE que vous découvrirez demain… Mais pour l’heure, zoom sur l’obscure jouissance que cinq textes font passer à l’écriture.

Pour « 4+1→J50 », Hélène de La Bouillerie nous transmet son élaboration provoquée en cartel à partir de la question : comment distinguer attentat sexuel et trauma ? Le témoignage de Vanessa Springora fait saillir que le moment traumatique est celui où le sujet réinterprète dans un après-coup son histoire comme un attentat, malgré son consentement initial. Au temps un, le sujet a fait « l’expérience d’une jouissance obscure », une trace qui se répète. Alors, comment traiter ce noyau de réel ? Hélène de La Bouillerie prend ici position : le réel, ça ne s’interprète pas. Il s’agit de pas de ramener l’analysant à ce trou encore et encore mais de lui permettre de trouver une voie pour cerner cet indicible, une manière de l’écrire.

Pour cerner un autre indicible, Isabelle Magne dans « Attends ta librairie » nous invite à lire plus que jamais Haine et pulsion de mort au XXIè siècle. Ce que la psychanalyse en dit de Camilo Ramírez, préfacé par Guy Briole. Le point de départ de ce livre : « un désir de savoir à l’endroit même du trou que ces événements ont creusé » – juste après les attentats parisiens de 2015. Dans cette étude très fouillée, l’auteur propose de cerner comment la haine constituerait pour un sujet « un nouvel horizon de sens », la radicalité comme « une réponse au malaise » de notre civilisation. Une lecture des phénomènes politiques et sociaux de notre époque à partir notamment de l’indication Yadl’un de Lacan : pas de complémentarité entre les sexes mais pour chacun, la jouissance.

Enfin, pour « Des touches de biblio », trois commentaires de citations :

Victoria Paz dans son texte « Troumatisme » se penche sur la citation de Lacan dans sa conférence « Place, origine et fin de mon enseignement » dans laquelle il soutient un des piliers de son dernier enseignement : la sexualité fait trou dans le réel, ça fait troumatisme. La cure analytique permet au sujet soumis à l’effraction du réel de produire une élaboration sur ce qui a fait trauma pour lui, jusqu’à cerner le plus inavouable : son assujettissement à sa propre satisfaction, cette « extériorité intime », point d’horreur et de honte que l’analyse peut conduire à apaiser.

« a-péro » de Bruno Alivon commente une citation de Lacan dans le Séminaire « R.S.I » : « Le mieux, […] est l’ennemi du bien, de même que le plus-de-jouir provient de la père-version, de la version a-pèritive du jouir. ». B. Alivon propose que le concept de père-version déplié dans ce séminaire fait attentat à la figure du bien. L’irruption du sexuel d’un homme fracture l’idéal du père pour un enfant. Une version a-pèritive et humanisante du jouir qui lui est propre, à condition « qu’on ne voie pas tout de suite de quoi il s’agit dans ce qu’il ne dit pas – [Et Lacan de conclure] c’est rare ».

« Dieu est mort ? » de Patricia Loubet serre une citation de Lacan dans son Séminaire l’Éthique de la psychanalyse : « le meurtre du père n’ouvre pas la voie vers la jouissance que la présence de celui-ci était censée interdire, mais il en renforce l’interdiction. Tout est là, et c’est bien là, […] la faille ». La lecture que fait Lacan du meurtre du père de la horde de Freud dans Totem et tabou nous éclaire sur la jouissance en jeu dans l’attentat sexuel.

Bonne lecture de ce numéro et à demain !