Édito du 27 octobre

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À l’attentat, l’apposition du sexuel flèche qu’il y a contiguïté de l’acception collective avec le singulier. Collectivement, l’attentat c’est connu ; collectivement, le sexuel bien plus rarement, sinon en ses déclinaisons parfois religieuses. L’écrire en deux mots les sépareraient-ils parce qu’ils n’ont probablement jamais été autrement que toujours réunis ? Le sexuel est attentat ? L’attentat est sexuel ? Est-ce l’attentat du sexuel ? Est-ce le sexuel de l’attentat ? Une fois les deux mélangés, les cartes tombent, la roulette tourne, les jeux semblent faits et ça grince aux entournures du rapport qu’il n’y a pas. Ont-ils été séparés une fois ? Ci-gît la liberté autour, au milieu, avec. Qui se distingue évidemment de l’irresponsabilité. 

 

Conjugaisons. Avec Nathalie Charraud, ce sont les attentats scopiques dont Hedy Lamarr était l’objet dans sa vie d’actrice. Avec Alice Ha-Pham, l’attentat sexuel de Lou Robert a été subi. Avec Marilys Ducat Gonzalez, c’est la grande souffrance que provoque un attentat sexuel chez une jeune adolescente séduite dans une mauvaise rencontre du sexuel, une fois souligné que la honte, dans une mise à jour en dehors de l’ordre religieux ou moral, se noue à l’amour et au désir. Avec Sébastien Dauguet, Edward – celui de Tim Burton, devient l’incarnation du malaise d’une civilisation qui ne sait prendre en compte l’enjeu du sexe. 

 

Du singulier et du collectif et retour. 

 

Images. Durant une décennie de conquête lunaire, on fit des astronautes des héros, avec un teasing mode US. L’astronaute qui fait ses courses. Qui cajole son bébé pris d’un gros chagrin de bébé. Qui joue au basket-ball avec le plus grand sur la terrasse avec piscine. Qui part avec son véhicule de fonction rutilant pour s’entraîner sur des machines d’exception. Dans le paysage, l’astronaute avec sa femme, restée à terre et observant les exploits de ces hommes, vaillants astronautes de maris partis décrocher le bel astre en foulant son sol poussiéreux. Les exploits retransmis en direct, les caméras filmaient les réactions de la petite famille, surtout de madame, pendant que les valeureux établissaient des manœuvres pointues. Lacan, en 1970, fait remarquer que les astronautes « avaient été tout le temps accompagnés de ce petit a de la voix humaine ». Partant, il écorne un mythe et nous permet de lire la petite scène et fait remarquer : « De ce fait, ils pouvaient se permettre de ne dire que des conneries, comme par exemple que tout allait bien, alors que tout allait mal ». Ainsi, un maillage existe bien qui permet de maintenir les apparences, même loin du pavillon et même sur fond d’angoisse. 

 

La remarque de Lacan est contemporaine de la dilution des conquêtes lunaires. On allait sur la lune comme on allait au supermarché ; ensuite, on est passé à autre chose. Mais la logique subsiste. 

 

L’attentat sexuel n’est-il pas ce qui vient en contrepoint de ces moments collectifs où en effet on ne dit que des conneries ? Ainsi, Lacan exprime combien l’expression singulière nécessite des tours, d’établir une place logique, de ne pas en rester aux pompes et au faste. Des conditions nécessaires en quelque sorte ; ce numéro de Desacorps en témoigne.