Édito du 25 septembre

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Ce nouveau numéro de DESaCORPS WE poursuit son chemin d’offrandes. C’est à nouveau trois superbes textes qui vont vous ravir. Trois textes à lire et articuler ensemble pour en saisir ce qui n’est pas dit mais qui les traversent.

Si l’on veut bien retourner à ce que la psychanalyse nous enseigne, alors on aperçoit qu’il peut y avoir une sortie d’un traumatisme par un allègement, lorsque la mesure de son propre éprouvé de jouissance est prise en compte, et lorsque l’éprouvé n’est plus seulement passif et attribué à l’acte de l’Autre mais au contraire subjectivé et pris à son compte. Cela fait résonnance avec ce moment logique du miroir où l’enfant sort de la jubilation imaginaire de satisfaire sa mère pour aller à la rencontre de son être « ce qu’il est vraiment ».

La jouissance du sujet passe dans un au-delà, une humanisation, par ce moment du miroir où le sujet rejoint son être et habille sa jouissance d’une fiction, d’un leurre imaginaire. Ainsi Isabelle Magne nous fait partager ce que l’expérience du cartel, comme moment critique a pu la déplacer d’une passivation.

Dans une rencontre, malgré toutes les fictions élaborées, ce n’est jamais que son propre jouir qui est là, prêt à trouver une voie d’effraction dans le corps. Toute rencontre peut avoir en cela un vécu traumatique, lorsque la fiction qui voile le non-rapport entre les sexes ne suffit plus. Il y a alors un déchirement du voile, et le sujet n’a plus de recours face à ce réel. L’Autre et sa jouissance, lorsqu’il y a attentat, déplacent le sujet en position d’objet, provoquant une rupture dans l’imaginaire de la fiction, dernier rempart contre le réel.

L’attentat vient à ce point de moment crucial, où l’Autre jouit du corps, en court-circuit du réel subjectif, jusque là endigué par la fiction. Cet Autre là, celui de l’attentat, n’avait pas été élu à la fiction et s’y introduit, brusquement, sans que le sujet ait pu contrer ce réel. Il n’a pas eu le temps de « changer de point de vue », et est resté sidéré par la jouissance de l’Autre.

Changer de point de vue c’est alors déplacer l’effraction à ce qui se jouit c’est-à-dire l’Autre qui a fait de celui attenté son objet, et réduit le sujet à un objet. Cet Autre n’a pas su, ou plus exactement probablement pas voulu, apercevoir que le corps attenté est d’abord celui d’un sujet, dont la jouissance ne peut être prise au dépourvu.

Changer de point de vue c’est aussi réduire à l’os de la répétition. La cure conduit le parlêtre à bien dire ce qui ne tourne pas rond pour en repérer la logique et passer ainsi de ce qui lui était pathogène à une réduction de jouissance. Ce mouvement subjectif a pour effet de faire advenir le poème qu’est alors le sujet. C’est ce que Dominique Corpelet a saisi dans le livre de Jacques-Alain Miller L’Os d’une cure.

Enfin une troisième contribution où Vanessa Sudreau déplie une citation de Lacan extraite de « Télévision »  et rappelle que sous le voile il n’y a rien, ou tout au plus un semblant, phallique, qui a le mérite de tenter de civiliser la jouissance. Malgré la recherche d’une ébauche de liberté, on reste à se cogner à « la cause sexuelle [qui] est en soi abusive ». Que le porno envahisse l’espace public voire qu’il arrive à se frayer un chemin dans l’intime d’une chambre d’adolescent, n’ouvre en rien la possibilité d’une rencontre avec l’Autre sexe : la formule de la rencontre aura toujours à s’inventer singulièrement pour voiler le non-rapport.