Édito du 23 octobre

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Que leur rapport ne s’écrive pas rend le rapport entre les sexes impossible. À chercher une écriture à cet impossible, nous nous fourvoyons dans la rencontre. Nous la voilons plus ou moins bien grâce au fantasme. C’est par l’appel à la ressource de l’imaginaire, que ces ratages, ces rencontres, toujours manquées avec le partenaire, laissent la jouissance se frayer un chemin. Parce que c’est de notre propre corps que la jouissance, même si elle médiée par le corps de l’autre, qui n’est qu’un instrument, s’obtient. La solitude radicale à laquelle notre jouissance nous confronte laisse le monde désert, insipide, incolore. On l’habille – telle la perruche de Picasso qui aimait l’accoutrement de Picasso, comme nous le rappelle Lacan dans le Séminaire XX – on la colorise, on la pimente, pour aimer ce voile. Ceci parce que l’on ne sait que trop que dessous, il n’y a rien d’autre que l’instrument de notre jouissance.
C’est ce que tente l’amour, habiller l’autre avec lequel le rapport est impossible. L’amour fait passer, ou essaie de faire passer cet impossible – qui ne cesse pas de ne pas s’écrire – faire Un avec l’autre, à la nécessité – qui alors ne cesse pas de s’écrire, et symptomatise le rapport à l’autre. C’est qu’on y croit à l’amour ! On voudrait que ça ne cesse pas, on se fait croire que de la sorte, jamais ça ne cessera. Et plus on y croit et plus cela consiste.
C’est à la faveur de la contingence, où cela cesse de ne pas s’écrire, que le vrai amour – du transfert, bien sûr – pourra se nouer au savoir et dévoiler l’imaginaire qui recouvrait notre réel.

Mais c’est aussi par l’attentat sexuel que l’obscène vient faire effraction, l’obscène de la réalité qui prend alors la tournure de mauvaise rencontre avec le réel. L’obscène, l’obre-scène pour citer Lacan dans son Séminaire « L’insu que sait… » étant l’autre scène, de la jouissance. Vous lirez dans le texte de Bernard Lecoeur que le réel n’est peut-être pas tout à fait le même lorsqu’il s’agit de celui que l’on peut voiler par le fantasme et celui qui approche du hors-sens. Le retour qu’il nous propose par le refoulement et l’apport de Lacan dans son Séminaire « l’insu que sait… » vous plongera dans la fonction de bord du Un… c’est un bijou !

Et puis le transfert, dans la psychose, c’est tout de même ce qui permet, au sens qui rend possible, une écriture, avec le corps, dans un nouage en séance avec l’analyste, réduisant ainsi l’impact du traumatisme, bordant ce corps qui pourrait foutre le camp à tout instant. Daphné Leimann a parcouru le livre d’Hervé Castanet Quand le corps se défait et nous offre ce beau moment d’enseignement de la psychanalyse dans l’abord des psychoses.

En fin de ce parcours de lectures vous vous régalerez de deux commentaires de belles citations freudiennes :
La lecture de Stéphanie Morel nous éclaire sur la phobie du toucher dont elle fait surgir la dimension du plaisir de tentation de la transgression. Elle déplie dans un détour par l’aveu, ce qu’il serait d’un vouloir dire noué à un vouloir savoir. Évidemment, le lieu de ce vouloir dire n’est pas la sphère judiciaire mais l’analyste.
Enfin Marie Paule Candillier précise combien l’imaginaire du fantasme et l’attentat sexuel, même s’ils peuvent prendre une symptomatologie proche, recouvre le réel; mais l’un est un imaginaire, qui habille, tandis que le second dévoile l’obscénité. Parce que sous l’habit, le moine, ou Picasso peut-être, mais plus surement (avec le Séminaire Encore de Lacan), le corps en tant que reste de l’objet a !