Édito du 13 octobre

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Cette semaine, nous vous proposons cinq textes particulièrement forts qui questionnent la responsabilité, le politique et la jouissance. Ils reposent sur une œuvre littéraire, un texte philosophique ou une œuvre musicale.

Claude Parchiliniak s’appuie sur le récit de Michel Leiris dans L’Age d’homme pour évoquer « l’éruption naturelle » qu’est la première érection du petit garçon au sens où elle n’est pas contaminée par le signifiant. Cette première expérience du jeune Leiris est accompagnée de la vision d’enfants pauvres, pieds nus sur l’écorce, ce qui lui permettra de se forger un fantasme au trait pervers bien marqué. Mais l’écrivain, s’il s’intéresse à son organe érigé pour la jouissance qu’il lui procure, se consacrera à la littérature, médium de sa sublimation liée à son maniement de la langue.

Dans King Kong Théorie, Virginie Despentes analyse le viol en termes politiques. Vilma Coccoz rend compte de cet ouvrage engagé où l’auteur précise que « la difficulté consiste à confondre l’être-pour-la-mort et l’être-pour-le-sexe ». La femme, si elle peut avoir un fantasme de viol à l’origine de la culpabilité, n’en est pas moins exposée à un trauma plus proche du trauma de guerre que du trauma du viol, lorsque le corps est soumis à une violence extrême.

Dans Écologie lacanienne, Pascal Pernot, quant à lui, nous livre une analyse pointue du texte majeur de Hans Jonas sur Le principe de la responsabilité. Il décline le passage d’une éthique du possible et de la culpabilité à une éthique de la responsabilité face au réel, vu que, « pour Lacan, la catégorie logique cruciale n’est pas le possible qui, chez le philosophe, met le particulier en continuité avec l’universel premier, mais l’impossible ».

Cinzia Crosali, quant à elle, analyse avec beaucoup de finesse Une semaine de vacances de Christine Angot pour nous présenter les effets disruptifs de la mauvaise rencontre que sont l’effraction et la fixation de jouissance qui s’accompagnent de culpabilité et de honte. Le sujet devient objet de jouissance de l’Autre sans que rien ne puisse être dit de ce Réel. La jeune fille de l’histoire se rattachera de nouveau à son être par le rêve – lieu personnel intouchable – et l’invention d’une adresse de parole par le biais d’un objet familier.

Dans D’un « cri aphone », Véronique Servais nous fait découvrir la chanteuse Ann O’Aro, d’abord dépossédée d’elle-même par l’inceste qui la fait vivre pour le père et « dans la tête du père ». Elle est orientée par le souci d’humanisation de la jouissance de l’abuseur et de la non-identification à la victime en assumant une certaine responsabilité. Ce sont ses rencontres musicales qui lui permettent de se trouver elle-même et de mettre du voile avec la poésie.

Bonne lecture !