Édito du 12 juin 2020

image_pdfTélécharger cet articleimage_printImprimer cet article

Si la psychanalyse est par essence subversive pour le sujet, elle n’attente pour autant à quiconque. À l’issue de ce quatrième numéro de DESaCORPS, le lecteur n’aura donc vécu aucun « attentat textuel », trauma ou effraction mais, parions-le, en retirera un gai savoir et un désir renouvelé grâce aux questionnements auxquels nous invitent les auteurs.

Le texte de présentation de la rubrique de Laure Naveau est ancré dans la contemporanéité en nous en donnant un cadre pour la penser eu égard à la diffamation de l’éternel féminin et à la jouissance de « l’oeil absolu », par opposition au désir soutenu par le voile. La pudeur peut dès lors être considérée comme allant au-delà de la politesse du voile. Son attentat par le dévoilement soudain et violent de ce qu’il y a de plus intime, à savoir le rien, est perpétué par le regard jouisseur qui doit tout voir. Mais l’auteur souligne avec finesse que « l’attentat sexuel ne concerne pas que les corps, il concerne aussi les mots et les phrases, soit un certain usage de la parole, qui ravale, qui blesse, qui diffame ». De nos jours, il se trouve que la femme outragée du fait de l’horreur masculine pour la castration se fait femme dénonciatrice. L’arrachage forcé du voile ne se fera donc plus sans bruit.

Alors que L. Naveau traite du voile et de sa fonction, Fabian Fajnwaks s’intéresse à l’effraction et à la fiction voilante déchirée lors de l’attentat sexuel. Ce dernier poursuit et complète les échanges entamés lors de la soirée inaugurale de jeudi dernier (conversation en visioconférence) en revenant sur le traumatisme de structure et le traumatisme né de la mauvaise rencontre. Il souligne les effets ravageants de l’effraction (angoisses, rêves traumatiques, inhibitions, culpabilité, etc.) ainsi que ses traces toujours actualisées comme dans un « ne cesse pas de ne pas s’écrire ». Il nous propose aussi une réflexion originale sur la cure de l’abusé ainsi que sur celle de l’abuseur qui s’allonge parfois sur le divan de l’analyste.

Notons que ces deux articles très riches nous présentent un usage fort différent de l’amour : s’il permet de condescendre au désir, il faut aussi prendre garde à ce qu’il ne soit pas un outil de manipulation, en tant que fiction, par l’abuseur.

Bonne lecture !